dimanche 23 décembre 2007

Forum de la rénovation : le marché

Je suis allé au forum de la rénovation du PS sur le PS et le marché.

Tout le monde avait des remarques pertinentes, tout le monde faisait des propositions intéresantes, tout le monde avait des réflexions profondes.

Oui, mais voilà, on est tout de même passé à côté.

En gros, ce qu'il s'est dit c'est : "bien sûr que le PS est pour le marché, mais le PS n'est pas pour un capitalisme financier".

Subtile différence sémantique pour la plupart des gens ? Mais fondamentale pour le PS qui forge tout son rapport au capitalisme dessus.

Donc on est pour le marché et tout le monde comprend : on accepte le capitalisme, forcé contraint. Miam miam miam, quelle perspective.

Comme toujours, on fait la synthese de la synthese de la synthese, on est pour le marché, mais pas trop, on accepte le capitalisme, mais plus ses dérives.

Bref, on ne fait plus rêver. On gère.

On taille les branches de gauche, on taille les branches de droite, pour se retrouver avec un tout petit rosier rabougri.

Et on devient inaudible.

C'est exactement ce qu'a fait François Hollande depuis 10 ans.

Alors qu'il fallait laisser pousser les branches de gauche et de droite, les accepter, les laisser s'exprimer, puis les accueillir, plûtôt que les couper.

Il faut avoir un idéal et une marche à suivre.

Il faut accepter de dire, car c'est vrai, que l'argent corrompt, que les inégalités doivent être progressivement effacées, mais pour ceci, il faut préparer le monde, lentement, obstinément, sûrement. Il faut garder le vivier d'idées de la gauche de la gauche en proposant un contrat simple : rester un vivier d'idées tant que la conscience collective majoritaire n'est pas prête à les appliquer et faire progressivement dériver cette conscience collective majoritaire dans le bon sens.

Et entre temps, on doit composer, embrasser activement le capitalisme en se réconciliant avec les entreprises qui peuvent ne pas être l'expression du capitalisme financier, mais de la créativité des hommes.

Métaphore simpliste

J'adore cette expression : le loup est un loup pour l'homme.

La droite aiguise les dents du loup et le rend performant, encore plus loup. La société qu'il crée en fait une meute de plus en plus aggressive et tant qu'il y a des moutons à dévorer, un planète à détruire, la meute est contente. Elle tue, elle pille, elle détruit et rend son petit monde puissant. C'est l'ultracapitalisme, l'ultrallibéralisme. A la naissance, on pense que tout le monde est loup est que tout le monde a donc les mêmes possibilités, mais le postulat est biaisé et faux et rien n'est fait pour corriger les conditions initiales inégales.

La gauche veut apaiser et pacifier le loup, le rendre moins loup. Mais forcément, isolée dans une meute de loups affamés et prêts à le dévorer, le loup pacifiste se fait manger. Une politique de gauche dans un monde ultralibérale est vouée à l'échec. Il faut d'abord pacifier la meute, en comprendre et en décrypter ses modes de fonctionnement, sans toutefois totalement l'intégrer pour passer à autre chose, de plus apaisé, de plus sobre, de plus à gauche. Et puis, on doit apaiser et pacifier un grand nombre de ses congénères de loup, sous peine de perdre la batille.

Dans cette longue quête, cette pacification de la meute peut vouloir aller trop vite et trop fort. En pacifiant au forceps, la meute n'est pas prête et sous des apparences de loups pacifiques, la meute est tapie. Le communisme est un bon exemple d'une rupture trop rapide qui n'était pas en rapport avec les consciences. La meute était encore trop animale.

Le seul chemin possible devra être long, patient mais aussi obstiné. Il devra naviguer, éviter les congénères aggressifs, mordre ceux qui l'aggressent. Le seul chemin possible est le dialogue, le lobbying, la communication.

mercredi 5 décembre 2007

Australie

Je reviens d'Australie.

Comme souvent dans les pays anglo-saxons, ce qui me frappe en Australie est leur optimisme à toute épreuve qui tranche considérablement avec le pessimisme voire le misérabilisme ambiant des français.

Ils viennent d'élire un nouveau premier ministre travailliste qui a appuyé pendant sa campagne sur l'éducation et sur les changements climatiques. C'est la première fois qu'un premier ministre d'un pays important est élu sur des thèmes écologistes et je trouve ca assez formidable.

L'Australie bénéficie du plein emploi et d'une économie florissante.

J'aimerais tenter ici un rapprochement entre les dernières déclarations de Jacques Attali sur l'état économique de le France et ce que j'ai vu en Australie.

Selon Jacques Attali, la France souffre d'un manque de compétitivité flagrant. Il ne précise pas exactement ce que cela veut dire, si c'est l'euro trop fort, une main d'oeuvre dont le coût serait trop élevée, des prélèvements obligatoires trop importantes ou si la France souffre d'un manque d'innovation.

Il s'inquiète également du fait que si l'on augmente le pouvoir d'achat, le risque est de faire exploser les déséquilibres commerciaux, les gains de pouvoir d'achat allant principalement vers des achats de produits étrangers.

L'Australie ne souffre pas apparemment de manque de compétitivité pour plusieurs raisons:

- sa monnaie n'est pas très forte et permet de maintenir les exportations
- son isolement géographique et la tendance très forte à la préférence d'achat national fait que les importations sont plus limitées qu'en France
- des marcés de niche et une population limitée permettent à l'Australie de maintenir une forte compétitivité avec des salaires mesurés et un immobilier mesuré également

Je ne porte évidemment aucun jugement de valeur, c'est simplement une constatation de différence avec la France. La seule chose dont on pourrait sûrement s'inspirer est cet optimiste formidable.

mercredi 28 novembre 2007

Asie et démocratie

Mes activités professionnelles me mènent régulièrement vers l'Asie : Chine, Singapour, Japon, Malaisie, Australie. Cela fait donc plusieurs années que je travaille dans un environnement asiatique.

J'ai donc pratiqué des pays démocratiques ou non et ce qui me frappe le plus, c'est que la politique en général n'est absolument pas au coeur des préoccupations des gens. De même pour les sujets de société en général.

Il semble que le bien-être matériel soit actuellement la seule préoccupation apparente, ainsi que la performance au travail. Les asiatiques font des horaires indécents, y compris les femmes mariées avec des enfants, commençant à 8h et finissant après 20h00 avec 2,3 heures de transport par jour et du travail quasiment tous les weekends.

L'occidentalisation de la société est très différente d'un pays à l'autre : à Singapour, elle est réelle, le mode de vie est très occidentalisé en apparence, mais le management asiatique, s'il se teinte petit à petit de pratiques occidentales, reste asiatique et pour nous semble un peu archaïque, ce qui contraste avec l'image que le pays veut donner. En Chine, on atteint le comble de l'ultra-libéralisme où la seule valeur qui compte semble être l'argent, le travail et la performance. Pour un pays supposé communiste, c'est réellement hallucinant.

Au Japon, c'est le collectif qui compte et il se traduit très souvent par le sacrifice de la vie personnelle reléguée au second plan en apparence. Par exemple, un cadre ne parle absolument jamais au travail de sa femme ou de ses enfants. Par contre, il semble que cet engagement total soit au service du collectif et non du bien-être matériel et individuel. Comme en Europe, l'argent n'est pas la valeur phare (contrairement à la Chine), c'est plutôt la réussite de la société pour laquelle on travaille, de l'esprit de corps et de groupe que l'on met en place dans une équipe de travail. Pour moi, les valeurs du Japon ne sont pas ultra-libérales et contrairement à la Chine ne sont pas non plus ultra-individuelles.

Dans tous ces pays, y compris au Japon, la démocratie n'est pas une priorité.

Au Japon, certes la démocratie a été imposée par les américains après la guerre. Mais ce qu'il faut savoir est que le parti principal a été au pouvoir depuis 1945 sans discontinuer (à part une brève interruption non significative de quelques mois dans les années 90).
Au Japon, le consensus (apparent ou réel) est la valeur première. Faire perdre la face à quelqu'un est considéré comme une défaite à la fois pour celui qui la perd ou celui qui la fait perdre à l'autre. Dans une réunion, si une personne sort évidemment perdante d'une discussion ou d'une négociation, les deux parties sont perdantes.
Or la démocratie est avant tout synonyme d'élections avec un gagnant et un perdant, ce qui va complètement à l'encontre de la philosophie et de l'organisation de la société japonaise. C'est la raison pour laquelle la démocratie japonaise n'est pour moi qu'une façade, quelque chose qu'ils appliquent car cela leur a été imposé par les européens.

Dans le reste de l'Asie, c'est souvent le même principe, avec des subtilités différentes. A Singapour, nous avons une dictature très éclairée fondée sur la performance de leurs dirigeants mais c'est le même principe : le pouvoir est au service de la performance économique et du bien-être matériel quasiment exclusivement.

En Chine, ce pays communiste est le grand champion de l'ultra-libéralisme. Shanghai, c'est la défense puissance 10. A perte de vue. Les conversations ne tournent strictement que autour de la performance, de la carrière. Singapour et Shanghai semblent apparemment se complaire dans un vide culturel assumé et une "américanisation" apparente.

mardi 13 novembre 2007

Un grand parti de gauche

Ségolène Royal a dit hier sur France Inter qu'elle souhaitait la création d'un grand parti de gauche qui rassemblerait de l'êxtrême gauche au centre gauche : Bravo !

Je ne suis pas forcément un grand fan de Ségolène Royal, mais ceci me paraît une évidence et c'est tout à fait le sens des messages que je publie sur ce blog.

Il faut aller de la gestion à l'utopie, il faut toutes ces composantes, en expliquant dès le départ que certains courants seront des viviers d'idées, des aiguillons qui nous rappellent la voie générale à suivre sur le court, moyen ou long terme.

Mieux vaut avoir un curseur, le défendre et expliquer comment on va le faire évoluer vers la gauche que pas de curseur du tout.

D'une part, ceci rassemblera un grand nombre d'électeurs qui pourront se rassembler sur des idées générales communes.

Depuis quelques années, la base électorale du parti socialiste s'est considérablement rétrécie car le parti socialiste a été obsédé par la synthèse. A trop vouloir faire la synthèse, on coupe les idées un peu à gauche, on les coupe un peu à droite et la taille de l'arbre diminue. On perd les électeurs d'extrême gauche qui repartent vers les Besancenot et on perd les électeurs du centre car on n'ose pas dire que l'on partage certaines de leurs idées de centre en matière économique.

François Hollande est responsable de cet état de fait.

En ne se positionnant ni comme celui qui veut construire une société socialisté afranchie du libéralisme, ni comme un gestionnaire qui embrasse le capitalisme, il a laissé planer des idées molles, sans saveur forte qui finalement ne satisfont personne.

Il est possible de dire à la fois "l'argent corrompt" et "le capitalisme est aujourd'hui le seul moyen qui permette de satisfaire le plus grand nombre".

Instant et Universel

Un point qui me frappe : la gauche est dans l'universel et la droite est dans l'instant.

En effet, les valeurs de la gauche font qu'elle se positionne toujours par rapport à des valeurs universelles : égalité, fraternité, etc... ce qui exclut nécessairement certains qualités de gestionnaire. La gauche n'est pas gestionnaire, n'est pas dans la réalité immédiate. C'est partiellement pour cela qu'elle est souvent considérée comme moins apte à gérer un pays sur le plan économique.

La droite est gestionnaire, elle gère le présent, l'immédiat ou le moyen terme. Elle met donc toute son énergie à être crédible sur cette gestion et c'est souvent ce qui lui fait gagner les élections alors que la gauche est perçue comme utopiste et que ce qu'elle prône, même si partagé, n'est pas considéré comme faisable.

Si les actions de la droite améliorent le bien-être commun, c'est une conséquence heureuse mais ce n'est pas forcément le but premier.

On reproche donc souvent à la gauche d'avoir de "grandes idées" qui sont soit déconnectées de la réalité, soit à ses dirigeants de ne pas vivre ou se comporter en fonction de ces idées. Tel dirigeant peut être fortuné alors qu'il prône l'égalité (gauche caviar), tel dirigeant peut être moralisateur, alors qu'il manoeuvre pour obtenir ou garder le pouvoir. Dans la lutte de pouvoir, la gauche ne peut qu'être perdante car les qualités mêmes nécessaires pour atteindre le pouvoir sont des qualités qui sont intrinsèquement décriées par la gauche.

Comment concilier le tout ? Comment peut-on concilier universel et immédiateté ?

En assumant ses fonctions de gestionnaire, en se réconciliant avec l'économie et en en mesurant patiemment, systématiquement, méthodiquement les avancées obtenues pour les "redistribuer" dans le sens des valeurs de gauche.

C'est en affirmant aux électeurs que l'ordre des choses commence par une gestion efficace réconciliée avec l'entreprise et ses dirigeants puis une évaluation systématique, nationale et réelle des avancées que la gauche pourra gagner les élections.

En effet, on ne lui reprochera plus d'être dans l'angélisme des idées généreuses mais inapplicables et on ne lui reprochera pas non plus de générer des richesses et de les garder pour un petit nombre.

Quand la gauche a été gestionnaire mais n'a pas mis de système de surveillance des avancées, elle est devenue la gauche caviar et a perdu son identité et une partie de son électorat très à gauche (les déçus du socialisme).

lundi 17 septembre 2007

Le discours de Francois Hollande

Je ne suis pas d'accord avec François Hollande quand il dit dans son discours de clôture de l'université d'été, que la gauche a depuis longtemps accepté l'idée de l'économie de marché.

Ce n'est pas vrai. Tout une partie de la gauche ne l'a pas accepté ; moi le premier. D'une part, parce que ceci ne se traduit absolument pas dans l'optique d'une réconciliation avec le monde de l'entreprise, d'autre part parce qu'affirmer ceci laisse la gauche de la gauche sans vision.

Il faut au contraire affirmer que la gauche veut construire une société où le capitalisme n'est pas roi, mais que l'on ne peut que procéder par étapes et en liaison avec les réalités du monde : pendant un certain temps, il est nécessaire d'accepter et accompagner le capitalisme, puis de mettre des structures en place pour surveiller les avancées sociales et s'en éloigner petit à petit. Il n'y a pas de raison pour ne pas se réconcilier avec le monde de l'entreprise qui n'est pas, ne doit pas être l'ennemi car seule l'entreprise est créatrice d'emplois. Constamment soupçonner les patrons, les entrepreneurs et les innovateurs est caricatural mais est malheureusement très et trop fréquent à gauche aujourd'hui.

C'est la raison pour laquelle la proposition d'ateliers du PS autour de la mondialisation est trop réductrice, c'est une réflexion autour de la gauche et de l'entreprise qu'il faut proposer, et non pas ni une réflexion autour du marché (vision déjà biaisée) encore moins autour de la seule mondialisation qui n'est que le reflet mondial d'un mouvement concret et général de l'ultra-libéralisation du monde économique. Mes fréquents voyages en Chine, à Singapour, aux Etats-Unis m'en ont fait prendre conscience : nos préoccupations sociales sont à des années lumière de celles de ces nouveaux pays ultra-capitalistes qui ne pensent qu'à prospérer économiquement. On ne peut se lancer seuls dans une économie sociale en étant confrontés à la concurrence de pays de ce type où seule la performance et la performance économique sont le critère de la réussite. On ne peut parler culture, équilibre vie privée-vie professionnelle dans des pays où même la démocratie est reléguée dans les esprits au second plan car considérée comme moins importante que la réussite professionnelle.

Il faudra du temps, beaucoup de temps pour expliquer, convaincre que le bonheur peut être ailleurs et c'est en France qu'il faudra commencer. Mais pour cela, il sera nécessaire de se rapprocher du monde économique et du monde de l'entreprise.